Pourquoi ce site ?

Au départ, ce site se voulait uniquement historique sur les luttes sur les conditions de travail en France métropolitaine.

Mais, les luttes aujourd’hui sont difficiles dans les entreprises, les administrations, les hôpitaux, les associations, les ubérisés divers, et donc nous avons voulu aider par des outils divers les salarié-es, les fonctionnaires, les élu-es, les syndicalistes, les équipes syndicales, partir de notre expérience de syndicaliste depuis 1979, 17 ans à la CFDT et 28 ans à SUD-Solidaires, mais aussi ancien inspecteur du travail pendant 25 ans, ce qui permet d’avoir un panorama important des pratiques diverses patronales, et de trouver les actions pour y répondre. Pas de solutions miracles bien évidemment, mais on peut s’appuyer sur le code du travail et sur le rapport de forces pour gagner. Engager le plus de personnes possible dans des actions efficaces pour obtenir des victoires, aussi petites soient-elles. On doit s’accorder le plaisir de petites victoires sur des objectifs réalisables. Le syndicalisme est un combat au quotidien, sans relâche, mais on ne gagne que les combats que l’on mène. Et s’avouer vaincu avant d’avoir entrepris etc..

A) Nous avons écrit un livre intitulé « une histoire des luttes pour les conditions de travail ».

B) Nous avons décidé de rédiger des fiches uniquement sur les conditions de travail, notion large et à élargir encore, pour aider salarié-es, fonctionnaires, militant-es ou non.

A) Le point de départ de ce livre était que l’on trouverait facilement de la documentation d’historiens et de militants sur ce sujet. Mais les recherches ont été vaines très principalement car les syndicats n’ont pas mis en avant, pendant de très longues décennies, des luttes sur les conditions de travail, bien qu’elles aient été sous-jacentes dans de multiples conflits. C’est parce que les conditions de travail sont insatisfaisantes que l’on se met en grève sur les salaires, la sauvegarde de l’emploi…

Dans les 1760 congrès syndicaux répertoriés avant 1914 par Madeleine Guilbert dans son livre de 1966 sur « Les femmes et l’organisation syndicale avant 1914 », il est montré que très peu de débats sont focalisés sur les conditions de travail, ce qui nous a surpris : Tout est focalisé sur les salaires, la répression anti syndicale, les licenciements. Ce phénomène se perpétue jusqu’en 1968 excepté sur les luttes sur la réduction du temps de travail, qui a mobilisé les salarié-es dés le milieu du XIXè siècle.

Des historien-nes, des militant-es ont parlé des conditions travail déplorables dans les mines, les bateaux, les usines, les chantiers, mais les luttes sur ce sujet ont été peu entreprises ou très peu relatées et souvent détournées : tous les conflits longs se terminent par des licenciements, quelquefois des hausses de salaire et des vagues promesses sur les conditions de travail, toujours au second plan. Pour leur part, les salarié-es et les syndicats, bien souvent, revendiquent les salaires à la pièce, la prime de rendement, la prime d’insalubrité, la prime de nuit, les primes par objectifs … pour compenser les mauvaises conditions de travail et, ce depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui.

La démarche de recherche fut donc difficile, longue et insatisfaisante puisque les syndicats avaient d’autres préoccupations : implantation dans le monde ouvrier, réflexions sur le rôle du syndicalisme, face à un patronat et un État intraitable et répressif.

Le sacro-saint droit de propriété (des moyens de production) proclamé en 1789 dans la déclaration des droits de l’homme a pour corollaire que c’est le patron, ses représentants, ses actionnaires qui ont tout pouvoir dans l’entreprise, lieu privé, lieu clos, lieu silencieux : Pouvoirs exclusifs d’organiser le travail, pouvoir d’investir ou pas, pouvoir de gérer comme il l’entend, pouvoir de licenciement sans recours immédiat car il est le tôlier, le patron de droit divin, le capitaine d’industrie, le grand industriel. D’un côté, l’un domine, de l’autre les salariés mais aussi les fonctionnaires subissent.

La lutte de classe commence dans l’entreprise : dominant – dominés

Certes les syndicats avaient d’autres préoccupations, mais pourquoi aussi peu de luttes sur les conditions de travail ?

C’est pourquoi nous avons tenté un premier panorama de ces luttes dans notre livre, en essayant d’interpréter à partir des faits, pourquoi les syndicats n’ont pas pu, voulu, su avancer sur ces luttes.

ET pourtant le mouvement syndical français depuis 1945 jusqu’à aujourd’hui est le plus fort, le plus actif de tous les pays occidentaux et émergents. C’est lui qui résiste le mieux, avec toutes ses faiblesses :

  • peu d’adhérents, principalement dans les entreprises anciennement publiques et la fonction publique
  • 8 confédérations ou Union fédérale nationales et non pas une ou deux
  • Divisions entre syndicats et divisions internes
  • Peu de victoires depuis des années, mais points de résistance forts…

Le monde entier a regardé bouche bée le mouvement des retraites de 2023 et sa ténacité.

La récente unité du mouvement était inattendue encore deux mois avant, a perduré, sans trop de trahisons syndicales, tenace, et cela permet de lever une nouvelle génération de militants syndicaux, d’écologistes, et de femmes suite au mouvement #MeToo principalement extérieur au monde du travail.

Peu de syndicalistes, peu de sociologues, peu de politiques ont imaginé, sauf dans leurs rêves, un tel mouvement soutenu par l’opinion générale. Est-ce un tournant ? On le verra dans les prochaines années. On a vu que le RN n’a pas posé les pieds par terre pendant plusieurs mois, exclu qu’il est du monde du travail.

Mais avant cela, le mouvement des gilets jaunes, et le mouvement #MeToo ont aussi surpris par leurs vagues déferlantes. Tout ceci est un formidable leçon.

Ce qui nous fait dire que la désespérance, le défaitisme des syndicalistes est très mauvaise conseillère. Seuls ceux qui sont réprimés par le patron, l’état, la justice devraient avoir la parole.

Pour reprendre Michelle Zancarini-Fournel sur les conflits ouvriers, dans son livre « Les luttes et les rêves Une histoire des luttes populaires de 1685 à nos jours », explique la difficulté de raconter historiquement les conflits.

« Tous les conflits n’ont pas eu le même destin : il y a eu des grèves isolées, sans éclat, oubliées qui n’ont pas -ou peu- laissé de traces, sauf dans la conscience de celles et ceux qui y ont participé. A l’opposé, il y eut des grèves phares qui sont devenus des symboles et des modèles exemplaires. Plusieurs éléments y ont contribué : La détermination des grévistes et leur place dans les procès de production, la possibilité de faire connaître leur mouvement publiquement, par la presse régionale ou la télévision régionale, la présence dans le groupe de porte-parole, parfois même l’intervention des forces de l’ordre. La reprise des informations par des collectifs militants – collectifs organisés aux portes des usines comme les comités de soutien ou journaux comme les Cahiers de Mai – a contribué à faire connaître ces conflits en leur accordant une importance parfois sans commune mesure avec leur portée réelle, mais contribuant ainsi à diffuser l’expérience acquise. ». Et elle ajoute qu’il y a peu de conflits « pur sucre pur fruit »

De nombreux articles, de nombreux sont enfouis, difficiles à trouver, à retrouver. Il est quelquefois difficile de chercher quelque chose qu’on ne connaît pas… Garder la mémoire des luttes est extrêmement important pour savoir d’où l’on vient.

Pour le coup, du passé ne faisons pas table rase !

B) Nous avons décidé de rédiger des fiches uniquement sur les conditions de travail, notion large et à élargir encore, pour aider salarié-es, fonctionnaires, militant-es ou non.

Certaines fiches concernent les salarié-es et fonctionnaires, d’autres sont spécifiques. Des répétitions d’une fiche sur l’autre existent car les thèmes se chevauchent.

L’avantage des fiches est de pouvoir les compléter au fil du temps, d’en rectifier, en ajouter, etc…

Ces fiches démontrent, nous le pensons, que dans toute situation professionnelle, il est toujours possible d’agir, par étapes, ou en empruntant plusieurs chemins en même temps. À chacun de voir, en se faisant épauler par des syndicalistes de confiance, un collectif, l’inspection du travail, la médecine du travail, des avocats, des associations etc.

Et cela aboutira souvent par l’obligation d’aller au tribunal, puisque les patrons se croient de plus en plus au dessus des lois, pour obtenir satisfaction.

Les suicides à France Telecom ont débuté en 2004 et ont abouti en Cassation en 2025 pour harcèlement institutionnel face un patronat volontairement méprisant, cynique, sur de son pouvoir, vis à vis de ses salarié-es et fonctionnaires.

La lutte des classes commence dans l’entreprise.